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Equi-Libre

Nous devons nous-mêmes incarner les changements que nous voulons voir se réaliser. મોહનદાસ કરમચંદ ગાંધી . Le Mahatma Gandhi

Sweet Mother Earth | 11 février 2008

 

Mother Earth by Jenness Cortez Perlmutter

 

COMPLAINTE POUR LA TERRE

Texte du grand Chef Indien Seattle

 

Prenez le temps, même si ça vous paraît long, de lire cette belle et longue complainte, celle du chef indien Seattle, des plaines du nord-ouest américain. Il répond par ces propos, en 1884, au président des Etats Unis de l'époque, Grover Cleveland, qui proposait une "réserve" au tribus indiennes en échange de l'achat de tous leurs territoires. Plus qu'un plaidoyer pour la nature et le respect de chacun, c'est un des derniers vestiges de l'humanité. Nos habitudes et notre société de consommation nous ont dépouillés du peu d'humanité-innée qui nous restait (la retrouver nous demandera une discipline et un sens de l'effort hors du commun).

 

     "Nous savons que l'homme blanc ne comprend pas nos mœurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c'est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n'est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu'il l'a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l'oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu'un désert.

Je ne sais pas. Nos mœurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l'homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l'homme rouge est un sauvage et ne comprend pas.

 

Il n'y a pas d'endroit paisible dans les villes de l'homme blanc. Pas d'endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps ou le froissement des ailes d'un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l'homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas. L'indien préfère le son doux du vent s'élançant au-dessus de la face d'un étang, et l'odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi ou parfumé par le pin pignon.

 

L'air est précieux à l'homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle - la bête, l'arbre, l'homme, ils partagent tous le même souffle. L'homme blanc ne semble pas remarquer l'air qu'il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l'air nous est précieux, que l'air partage son esprit avec tout ce qu'il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit ou même l'homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés.

 

Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? L'idée nous parait étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?

 

Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisant, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d'insecte est sacré dans le souvenir et l'expérience de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l'homme rouge.

 

Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu'ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n'oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l'homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l'homme - tous appartiennent à la même famille.

 

Aussi lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu'il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand Chef envoie dire qu'il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. II sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérerons donc, votre offre d'acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée.

Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n'est pas seulement de l'eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu'elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l'eau claire des lacs parle d'événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père de mon père.

 

Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l'enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.

 

Nous considérerons donc votre offre d'acheter notre terre. Mais si nous décidons de l'accepter, j'y mettrai une condition : l'homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.

 

Je suis un sauvage et je ne connais pas d'autre façon de vivre. J'ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'homme blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.

 

Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes? Si toutes les bêtes disparaissaient, l'homme mourrait d'une grande solitude de l'esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l'homme. Toutes choses se tiennent.

 

Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu'ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu'ils respectent la terre, dites à vos enfants qu'elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous savons au moins ceci : la terre n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.

 

Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu'il fait à la trame, il le fait à lui-même.

 

Même l'homme blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune. Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons, et que l'homme blanc découvrira peut-être un jour, c'est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l'homme, et sa pitié est égale pour l'homme rouge et le blanc. Cette terre Lui est précieuse, et nuire à la terre, c'est accabler de mépris son créateur. Les blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.

 

Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du Dieu qui vous a amenés jusqu'à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l'homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d'hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils qui parlent. Où est le hallier ? Disparu. Où est l'aigle ? Disparu. La fin de la vie et le début de la survivance."

 

Publié par s.allende à 23:41:27 dans 2. Environnement & Développement durable | Commentaires (0) |

La Bourse ou la Vie. Envoyer le capitalisme dans la poubelle de l histoire | 11 février 2008

 
 
Réponse de "l'homme révolté"

Carte blanche parue dans le quotidien Le Soir , jeudi 7 février 2008, en réponse à la carte blanche de Bruno Colmant, Président de la Bourse de Bruxelles, parue dans le même quotidien, le mardi 5 février, et intitulée « L'homme révolté »

 

par Jérôme Ollier

Cher Bruno,

Je suis tout à fait d'accord avec toi : nous avons vécu un « moment singulier » ensemble. Je me souviens également très bien de notre rencontre. Dans l'ascenseur, je t'ai dit : « Vous (entends "la classe capitaliste") avez perdu un paquet en début de semaine » et tu m'as répondu avec un léger sourire « Oui... 40 milliards » sous le regard médusé des policiers qui nous accompagnaient, surpris de nos échanges pour le moins cordiaux. Ainsi donc, toi, président de la Bourse, tu as été « interpellé » par cette action...

Tu écris que tu as été « éberlué des coïncidences » : un krach boursier planétaire en début de semaine, le Forum économique de Davos dans la foulée, cette grand messe du capitalisme qui réunit chaque année les « puissants » de notre monde. Il ne s'agit pas d'une coïncidence : le krach boursier se profile depuis déjà quelques mois et le Forum social mondial se réunit chaque année depuis 2001 au même moment que Davos pour tenter de construire un contre pouvoir et affirmer qu'un autre monde est possible. Mon acte n'était pas isolé : ce même samedi 26 janvier, plus de 900 actions ont eu lieu dans plus de 100 pays aux quatre coins de la planète. Cette banderole « Make capitalism history », au delà d'un acte qui te rappelle « l'adolescence », était ma modeste contribution à cette semaine d'action mondiale.

Venons-en au fond de ton message. Tu écris : « La Bourse est indispensable à l'économie : elle formule la valeur et fonde l'appel au capital à risque. »

Je reprends ici une réaction que j'ai reçue suite à ta carte blanche, réaction que je trouve particulièrement pertinente. Elle a été écrite par Eric Toussaint, auteur du livre « Banque du Sud et nouvelle crise internationale |1| » que je te conseille : "Soyons sérieux Monsieur Colmant, la Bourse est aujourd'hui essentiellement un lieu de spéculation financière. Les opérations de rachat et de fusion sans véritable projet industriel et la spéculation sur des titres de société dominent les opérations de bourse. Le comportement moutonnier des marchés financiers et les cycles de l'économie capitaliste entraînent régulièrement des crises boursières de grande envergure qui ont des effets profondément néfastes sur la vie des citoyens. Pour le profit de quelques-uns, déjà très riches, l'avenir de la grande majorité des autres se joue comme dans un casino. Récemment la spéculation immobilière qui a touché principalement les Etats-Unis a abouti à la crise du subprime. En 2007, deux millions de familles américaines ont été expulsées de leur logement car elles étaient incapables de rembourser leur dette hypothécaire. Les sociétés financières qui ont octroyé des prêts à taux variables à des familles déjà fortement endettées ont vendu leurs créances à de grandes banques sous la forme de titres. Ces grandes banques les ont achetés en masse et se retrouvent avec des paquets de titres qui ne valent plus grand-chose. Quand ces grandes banques ont annoncé de fortes pertes, les bourses ont plongé. Une grande quantité de citoyens risque de voir l'épargne de toute une vie mise en danger par les opérations aventureuses des opérateurs boursiers. En effet une partie de l'épargne est placée sous forme d'actions."

Dans le même registre, le capitalisme serait pour toi « l'ordre naturel des communautés humaines », et par là même, indépassable. C'est faux. Sous sa forme actuelle, le capitalisme a à peine trois siècles d'existence. Des civilisations se sont développées au cours des précédents millénaires sur tous les continents sans connaître le capitalisme. L'humanité peut s'organiser d'une tout autre manière que le capitalisme. Par exemple, en ne mettant pas la recherche du profit individuel comme finalité du comportement humain (de grâce, ne me réponds pas que la recherche du profit individuel fait partie de l'ordre naturel des choses car de nombreux anthropologues ont démontré le contraire) et l'accumulation du capital en tant que moteur de l'économie. Le capitalisme ne disparaîtra pas de lui-même, c'est sûr, sauf si la planète n'y résiste pas.

D'autres formes de domination existent : c'est le cas de l'oppression des femmes par les hommes, le racisme, l'oppression religieuse..., toutes à abolir. Nous avons besoin de mettre en place de véritables alternatives. Et celles-ci n'ont rien à voir avec le capitalisme, rien à voir non plus avec les régimes totalitaires staliniens de l'époque soviétique, de Pol Pot ou de l'actuelle dictature chinoise.

Le fait que je sois monté sur le toit de la Bourse n'est pas un acte punissable, il s'inscrit dans le droit des citoyens à s'insurger contre l'oppression et à exprimer leur opinion. "L'ordre naturel des communautés humaines" aujourd'hui pour moi tiendrait plus de la volonté d'agir pour que les droits humains fondamentaux soient enfin garantis...S'il n'existe pas de solutions "clé en main" pour un socialisme du 21ème siècle, ça ne nous dédouane aucunement d'essayer de le construire.

notes articles:

|1| http://www.cadtm.org/spip.php ?article3094

Publié par s.allende à 23:37:00 dans 4. Consomation & croissance | Commentaires (0) |

Histoire et repères: La globalisation de Christophe Colomb et Vasco de Gama à aujourd'hui | 10 février 2008

Voilà le genre de Vérité Historique qui devrait se trouver dans livres scolaires à la place des monstueux mensonges dont on rempli le crâne de nos enfants....
 
par Éric Toussaint
 
1ere partie :

Le début de la mondialisation/globalisation remonte aux conséquences du premier voyage de Christophe Colomb qui l'a amené en octobre 1492 à débarquer sur les rivages d'une île de la mer Caraïbe. C'est le point de départ d'une intervention brutale et sanglante des puissances maritimes européennes dans l'histoire des peuples des Amériques, une région du monde qui, jusque là, était restée à l'écart de relations régulières avec l'Europe, l'Afrique et l'Asie. Les conquistadors espagnols et leurs homologues portugais, britanniques, français, hollandais |1| ont conquis l'ensemble de ce qu'ils ont convenu d'appeler les Amériques |2| en provoquant la mort de la grande majorité de la population indigène afin d'exploiter au maximum les ressources naturelles (notamment l'or et l'argent) |3|. Simultanément, les puissances européennes sont parties à la conquête de l'Asie. Plus tard, elles ont complété leur domination par l'Australasie et enfin l'Afrique.

En 1500, juste au début de l'intervention brutale des Espagnols et des Portugais en Amérique centrale et du Sud, cette région comptait au moins 18 millions d'habitants (certains auteurs avancent des chiffres beaucoup plus élevés allant jusqu'à près de 100 millions |4|). Un siècle plus tard, il ne restait plus qu'environ 8 millions d'habitants (colons européens et premiers esclaves africains compris). Dans le cas de la plupart des îles de la mer Caraïbe, l'ensemble des indigènes a été exterminé. A noter que pendant une longue période, les Européens, soutenus par le Vatican |5|, ne considéraient pas les indigènes des Amériques comme des êtres humains |6|. C'était bien commode pour les exterminer et les exploiter.

Tableau 1. Comparaison entre l'évolution de la population de l'Europe occidentale et celle de l'Amérique latine entre 1500 et 1820 (en millions)

                                      1500      1600       1700      1820

Europe Occidentale       57           74          81          133

Amérique Latine           18            8*         12*         21

(*) Ces deux chiffres représentent les indigènes des Amériques, les colons européens et esclaves noirs amenés de foces d'Afrique.

Calculs de Eric Toussaint sur la base de Anges Maddison, 2001

En Amérique du Nord, la colonisation européenne a commencé au 17e siècle, essentiellement conduite par l'Angleterre et la France, puis a connu une expansion rapide au 18e siècle, époque marquée aussi par une importation massive d'esclaves africains. Les populations indigènes ont été exterminées ou repoussées hors des zones d'implantation des colons européens. En 1700, les indigènes constituaient les trois quarts de la population ; en 1820, leur proportion n'était plus que de 3%.

Jusqu'à l'intégration forcée des Amériques dans le commerce planétaire, l'axe principal des échanges commerciaux intercontinentaux concernait la Chine, l'Inde et l'Europe7. Le commerce entre l'Europe et la Chine empruntait des voies terrestres et maritimes (via la mer Noire) |7|. La principale voie qui reliait l'Europe à l'Inde (que ce soit au Nord Ouest de l'Inde, la région du Gujarat ou, au Sud-Ouest, le Kerala avec les ports de Calicut et de Cochin) passait par la mer Méditerranée, puis Alexandrie, la Syrie, la péninsule arabique (le port de Muscat) et enfin la mer d'Arabie. L'Inde jouait également un rôle actif dans les échanges commerciaux entre la Chine et l'Europe.

Jusqu'au 15e siècle, les différents progrès techniques réalisés en Europe dépendaient des transferts de technologie depuis l'Asie et le monde arabe.

A la fin du 15e siècle et au cours du 16e siècle, le commerce commence à emprunter d'autres routes. Au moment où le Génois Christophe Colomb, au service de la couronne espagnole, ouvre la route maritime vers les « Amériques » |8| par l'Atlantique en prenant la direction de l'Ouest, Vasco de Gama, le navigateur portugais cingle vers l'Inde en empruntant aussi l'océan Atlantique mais en faisant cap vers le Sud. Il longe les côtes occidentales de l'Afrique du Nord au Sud, pour ensuite prendre la direction de l'Est après avoir croisé le Cap de Bonne Espérance au sud de l'Afrique |9|. La violence, la coercition et le vol sont au centre des méthodes employées par Christophe Colomb et Vasco de Gama afin de servir les intérêts des têtes couronnées d'Espagne et du Portugal. Au cours des siècles qui suivront, les puissances européennes et leurs serviteurs utiliseront systématiquement la terreur, l'extermination et l'extorsion combinées à la recherche d'alliés locaux prêts à se mettre à leur service. De nombreux peuples de la planète voient le cours de leur histoire bifurquer brutalement sous les coups de fouet des conquistadors, des colons et du capital européen. D'autres peuples subissent un sort plus terrible encore car ils sont exterminés ou réduits à la situation d'étranger dans leur propre pays. D'autres enfin sont transplantés de force d'un continent vers un autre et réduits en esclavage. Certes l'histoire qui a précédé le 15e siècle de l'ère chrétienne a été marquée à de nombreuses occasions par des conquêtes, des dominations et la barbarie mais celles-ci ne concernaient pas encore toute la planète. Ce qui est frappant au cours des cinq derniers siècles, c'est que les puissances européennes sont parties à la conquête du monde entier et, en trois siècles, ont fini par mettre en relation de manière brutale (presque) tous les peuples de la planète. En même temps, la logique capitaliste a finalement réussi à dominer tous les autres modes de production (sans nécessairement les éliminer entièrement). A partir de la fin du 15e siècle, la marchandisation capitaliste du monde a connu un premier grand coup d'accélérateur, d'autres ont suivi notamment au 19e siècle avec la diffusion de la révolution industrielle à partir de l'Europe occidentale et la colonisation « tardive » de l'Afrique par les puissances européennes. Les premières crises économiques internationales liées aux cycles du capital (dans l'industrie, la finance et le commerce) ont explosé dès le début du 19e siècle et ont provoqué notamment les premières crises de la dette |10|. Le 20e siècle a été le théâtre de deux guerres mondiales dont l'épicentre était l'Europe et de tentatives infructueuses de construction du socialisme. Le virage du capitalisme mondial vers le néolibéralisme à partir des années 1970 et la restauration du capitalisme dans l'ex-bloc soviétique et en Chine ont donné un nouveau coup d'accélérateur à la mondialisation/globalisation.

Deuxième voyage intercontinental de Vasco de Gama (1502) : Lisbonne - Le Cap de Bonne Espérance - Afrique de l'Est - Inde (Kerala)

Après un premier voyage vers l'Inde réalisé avec succès en 1497-1499, Vasco de Gama est envoyé une nouvelle fois en mission par la couronne portugaise vers ce pays avec une flotte de vingt navires. Il quitte Lisbonne en février 1502. Quinze bateaux doivent effectuer le voyage de retour et cinq (sous le commandement de l'oncle de Gama) doivent rester derrière pour protéger les bases portugaises en Inde et bloquer les bateaux quittant l'Inde pour la mer Rouge afin de couper le commerce entre ces deux régions. De Gama double le Cap en juin et fait escale en Afrique de l'Est à Sofala pour acheter de l'or |11|. A Kilwa, il force le souverain local à accepter de payer un tribut annuel de perles et d'or et il cingle vers l'Inde. Il attend au large de Cannanora (à 70 km au Nord de Calicut -aujourd'hui Kozhikode) les navires arabes au retour de la mer Rouge. Il s'empare d'un bateau qui rentre de la Mecque avec des pèlerins et une cargaison de valeur. Une partie de la cargaison est saisie et le bateau incendié. La plupart de ses passagers et de son équipage périssent. Il fait ensuite relâche à Cannanora où il échange des présents (il offre de l'or et reçoit des pierres précieuses) avec le souverain local, mais il ne fait pas d'affaires car il juge le prix des épices trop élevé. Il fait voile vers Cochin (aujourd'hui Kochi), arrête ses navires en face de Calicut et demande que le souverain expulse toute la communauté des négociants musulmans (4 000 ménages) qui utilisent le port comme base pour commercer avec la mer Rouge. Devant le refus du Samudri, souverain local hindou, Vasco de Gama fait bombarder la ville comme l'a déjà fait en 1500 Pedro Cabral, un autre navigateur portugais. Il s'embarque pour Cochin au début de novembre, où il achète des épices en échange de l'argent, du cuivre et des textiles volés au navire qu'il a fait couler. Un comptoir permanent est établi à Cochin et cinq navires y sont laissés pour protéger les intérêts portugais. Avant qu'elle ne quitte l'Inde pour rentrer au Portugal, la flotte de De Gama est attaquée par plus de trente navires financés par les négociants musulmans de Calicut. Ils sont mis en déroute après un bombardement portugais. En conséquence, une partie de la communauté commerçante des musulmans de Calicut décide d'aller baser ses opérations ailleurs. Ces batailles navales montrent clairement la violence et le caractère criminel de l'action de Vasco de Gama et de la flotte portugaise. De Gama rentra à Lisbonne en octobre 1503, avec treize de ses navires et près de 1 700 tonnes d'épices, soit une quantité à peu près égale à celle que Venise faisait venir chaque année du Moyen–Orient à la fin du 15e siècle. Les marges portugaises sur ce commerce sont bien plus importantes que celles des Vénitiens. La plus grande partie des épices est écoulée en Europe via Anvers, le principal port des Pays–Bas espagnols et aussi, à cette époque, le port européen le plus important.

Les expéditions maritimes chinoises au 15e siècle

Les Européens n'étaient pas les seuls à faire de longs voyages et à découvrir de nouvelles routes maritimes mais, manifestement, ils étaient les plus agressifs et les plus conquérants. Plusieurs dizaines d'années avant Vasco de Gama, entre 1405 et 1433, sept expéditions chinoises prennent la direction de l'Ouest et visitent notamment l'Indonésie, le Vietnam, la Malaisie, l'Inde, le Sri Lanka, la Péninsule arabique (le détroit d'Ormuz et la mer Rouge), les côtes orientales de l'Afrique (notamment Mogadiscio et Malindi). Sous le règne de l'empereur Yongle, la marine Ming « comptait approximativement 3 800 navires au total, dont 1 350 patrouilleurs et 1 350 navires de combat rattachés aux postes de garde ou aux bases insulaires, une flotte principale de 400 gros navires de guerre stationnés près de Nankin et 400 navires de charge pour le transport des céréales. Il y avait en outre plus de 250 navires–trésor à grand rayon d'action » |12|. Ils étaient cinq fois plus gros que n'importe lequel des navires de De Gama, avec 120 mètres de long et près de 50 mètres de large. Les gros navires avaient au moins 15 compartiments étanches, de sorte qu'un bâtiment endommagé ne coulait pas et pouvait être réparé en mer. Leurs intentions étaient pacifiques mais leur force militaire était suffisamment imposante pour parer efficacement aux attaques, ce qui ne se produisit qu'à trois occasions. La première expédition avait pour destination les Indes et leurs épices. Les autres avaient pour mission d'explorer la côte orientale de l'Afrique, la mer Rouge et le golfe Persique. Le but premier de ces voyages était d'établir de bonnes relations en offrant des cadeaux et en escortant des ambassadeurs ou des souverains qui se rendaient en Chine ou en partaient. Aucune tentative ne fut faite pour établir des bases à des fins commerciales ou militaires. Les Chinois recherchaient de nouvelles plantes pour les besoins de la médecine et l'une des missions avait emmené avec elle 180 membres de la profession médicale. Par contraste, lors du premier voyage de Vasco de Gama vers l'Inde, son équipage se composait de 160 hommes environ, dont des artilleurs, des musiciens et trois interprètes arabes. Après 1433, les Chinois abandonnent leurs expéditions maritimes au long cours et donnent la priorité au développement interne.

En 1500, des niveaux de vie comparables

Quand les puissances d'Europe occidentale se lancent à la conquête du reste du monde à la fin du 15e siècle, le niveau de vie et le degré de développement des Européens n'étaient pas supérieurs à d'autres grandes régions du monde. La Chine devançait incontestablement l'Europe occidentale en bien des points : conditions de vie des habitants, niveau scientifique, travaux publics |13|, qualité des techniques agricoles et manufacturières. L'Inde était plus ou moins à égalité avec l'Europe notamment du point de vue des conditions de vie de ses habitants et de la qualité de ses produits manufacturés (ses textiles et son fer étaient de meilleure qualité que les produits européens) |14|. La civilisation inca dans les Andes en Amérique du Sud et celle des Aztèques au Mexique étaient également très avancées et florissantes. Il faut être très prudent quand il s'agit de définir des critères de développement et éviter de se limiter au calcul du produit intérieur brut par habitant. L'espérance de vie, l'accès à l'eau potable, la sécurité d'existence, la qualité de la santé, le respect des différences, la relation homme/femme, les mécanismes de solidarité collective constituent dans leur ensemble des critères de comparaison plus importants que le PIB per capita. Ceci dit, même si on s'en tient à ce dernier critère et qu'on y ajoute l'espérance de vie et la qualité de l'alimentation, les Européens ne vivaient pas mieux que les peuples d'autres grandes régions du monde avant de se lancer à leur conquête.

Le commerce intra asiatique avant l'irruption des puissances européennes

En 1500, la population de l'Asie était cinq fois plus importante que celle de l'Europe occidentale. La population indienne à elle seule représentait le double de la population de l'Europe occidentale |15|. La région représentait donc un très vaste marché avec un réseau de négociants asiatiques opérant entre l'Afrique orientale et les Indes, et entre les Indes orientales et l'Indonésie. A l'Est du détroit de Malacca, le commerce était dominé par la Chine. Les négociants asiatiques connaissaient bien la direction saisonnière des vents et les problèmes de navigation dans l'océan Indien. Les navigateurs expérimentés étaient nombreux dans la région, ils avaient à leur disposition un ensemble d'études scientifiques sur l'astronomie et la navigation. Leurs instruments de navigation n'avaient pas grand chose à envier aux instruments portugais. De l'Afrique orientale à Malacca (dans le mince détroit séparant Sumatra de la Malaisie), le commerce asiatique était réalisé par des communautés de marchands qui menaient leurs activités sans navires armés ni ingérence marquée des gouvernements. Les choses changèrent radicalement avec les méthodes employées par les Portugais, les Hollandais, les Anglais et les Français au service de leur Etat et des marchands. Les expéditions maritimes lancées par les puissances européennes vers différentes parties de l'Asie augmentèrent considérablement comme le montre le tableau ci-dessous (tiré de Maddison, 2001). Il indique clairement que le Portugal était sans aucun doute possible la puissance européenne dominante en Asie au cours du 16e siècle. Il a été remplacé au siècle suivant par les Hollandais, lesquels sont restés dominants au cours du 18e siècle, les Anglais occupant la seconde position.

Tableau 2. Nombre de navires envoyés en Asie par sept pays européens, 1500–1800

                               1500-99           1600-1700        1701-1800

Portugal                705                     371                 196

  Pays-Bas              65(a)                1.770                2.950

  Angleterre                                      811                1.865

      France                                             155                1.300     

 Autres Pays                                      54                  350

(a) année 1590

Sources : Portugal 1500-1800 données tirées de Magalhies Oodinho dans Bruijn et Oaastra (1993), pp. 7 et 17; autres données tirées de Bruijn et Gaastra (1993), pp. 178 et 183. "Les autres pays désignent les bateaux des compagnies de commerces danoises et suédoises et de la compagnie d'Ostende.

La Grande Bretagne rejoint les autres puissances européennes dans la conquête du monde
« Au 16e siècle, les principales activités de l'Angleterre en dehors de l'Europe étaient la piraterie et les voyages de reconnaissance en vue d'étudier les possibilités de créer un empire colonial. Le coup le plus hardi fut le soutien royal apporté à l'expédition de Drake (1577–80) qui, avec cinq navires et 116 hommes, contourna le détroit de Magellan, saisit et pilla les navires espagnols chargés de trésors au large des côtes chiliennes et péruviennes, établit des contacts utiles dans les îles aux épices des Moluques, à Java, au Cap de Bonne–Espérance et en Guinée lors du retour » |16|. A la fin du 16e siècle, la Grande-Bretagne marque un coup décisif pour affirmer définitivement sa puissance maritime en infligeant une défaite navale à l'Espagne au large des côtes britanniques. A partir de ce moment, elle se lance à la conquête du Nouveau monde et de l'Asie. Dans le Nouveau Monde, elle crée des colonies sucrières aux Antilles et, à partir des années 1620, elle participe activement au trafic des esclaves importés d'Afrique. Simultanément, elle installe entre 1607 et 1713 quinze colonies de peuplement en Amérique du Nord dont treize finissent par proclamer leur indépendance pour devenir en 1776 les États–Unis, les deux autres resteront dans le giron britannique et feront partie du Canada. En Asie, la couronne britannique adopte une autre politique : plutôt que de recourir à la création de colonies de peuplement, elle instaure un système de colonies d'exploitation en commençant par l'Inde. A cet effet, l'Etat britannique donne sa protection à la Compagnie des Indes orientales en 1600 (une association de marchands qui est en concurrence avec d'autres regroupements du même type en Grande Bretagne). En 1702, la Compagnie des Indes orientales obtient de l'Etat le monopole du commerce et se lance à la conquête des Indes qui aboutit à la victoire à la bataille de Plassey en 1757 ce qui lui permet de prendre le contrôle du Bengale. Pendant un peu plus de deux siècles, la Grande-Bretagne applique une politique économique protectionniste pure et dure puis, une fois devenue la puissance économique dominante dans le courant du 19e siècle, elle impose une politique impérialiste libre–échangiste. Par exemple, elle impose à coups de canon à la Chine la « liberté du commerce » afin de forcer les Chinois à acheter l'opium indien et de permettre aux Britanniques d'acquérir, avec le produit de la vente de l'opium, du thé chinois pour le revendre sur le marché européen. Par ailleurs elle étend ses conquêtes en Asie (Birmanie, Malaisie), en Australasie (Australie, Nouvelle-Zélande...), en Afrique du Nord (Egypte), au Proche Orient... Au niveau de l'Afrique subsaharienne jusqu'au 19e siècle, le commerce des esclaves est son seul grand domaine d'intérêt. Ensuite, elle se lance à sa conquête.

Goa : une enclave portugaise en Inde
En Inde comme en d'autres endroits d'Asie, les Anglais ont été devancés par les Portugais qui ont conquis des petits morceaux de territoire indien. Ils y ont installé des comptoirs commerciaux et ont instauré le terrorisme religieux. C'est ainsi qu'à Goa est créé en 1560 le tribunal de l'Inquisition. Il sévira jusque 1812. En 1567, toutes les cérémonies hindouistes ont été bannies. En un peu plus de deux siècles, 16 000 jugements furent émis à Goa par le tribunal de l'Inquisition et des milliers d'Indiens périrent brûlés vifs sur le bûcher.

La conquête des Indes par les Britanniques
Les Britanniques, au cours de la conquête de l'Inde, ont expulsé les autres concurrents européens, Hollandais et Français. Ces derniers étaient pourtant décidés à s'imposer et ont failli réussir. Leur échec au milieu du 18e siècle au cours de la guerre de 7 ans qui les a opposés aux Britanniques est principalement dû à l'insuffisance du soutien apporté par l'Etat français |17|.

Pour prendre le contrôle de l'Inde, les Anglais ont systématiquement cherché des alliés parmi les classes dominantes et les seigneurs locaux. Ils n'ont pas hésité, quand cela leur semblait nécessaire, à utiliser la force comme lors de la bataille de Plassey en 1757 ou lors de la violente répression de la révolte des Cipayes en 1859. Ils ont mis à leur service les structures locales du pouvoir et la plupart du temps, ils ont laissé en place les seigneurs en leur permettant de continuer à mener une vie ostentatoire tout en leur imposant les règles du jeu (ils ne disposaient d'aucun pouvoir réel face aux Britanniques). La division de la société en castes a été maintenue et même renforcée, ce qui pèse d'un poids terrible sur l'Inde d'aujourd'hui. En effet, s'ajoute à la division de la société en classes et à la domination du sexe masculin sur les femmes une division en castes basée sur la naissance. Via la perception de l'impôt et le commerce inégal entre l'Inde et la Grande-Bretagne, le peuple indien a contribué à l'enrichissement de la Grande-Bretagne en tant que pays ainsi qu'à celui de ses classes riches (commerçants, industriels, personnel politique). Mais les Britanniques ne sont pas les seuls à s'être enrichis : les banquiers, les commerçants, les patrons de manufactures indiens ont accumulé également des fortune colossales. C'est grâce à cela que la Compagnie des Indes orientales (EIC) et l'Etat britannique ont pu maintenir si longtemps une domination qui pourtant suscitait au niveau du peuple un profond rejet.

L'exemple de l'industrie cotonnière.

Les textiles en coton produits en Inde étaient d'une qualité inégalée au niveau mondial. Les Britanniques ont essayé de copier les techniques indiennes de production et de produire chez eux des cotonnades de qualité comparable, mais le résultat a été pendant longtemps médiocre. Sous la pression notamment des propriétaires de manufactures textiles britanniques, le gouvernement de Londres a interdit l'exportation des cotonnades indiennes vers les territoires membres de l'empire britannique. Londres a également interdit à la Compagnie des Indes orientales de faire le commerce des cotonnades indiennes, en dehors de l'Empire. Ainsi la Grande-Bretagne a tenté de fermer tous les débouchés possibles pour les textiles indiens. Ce n'est que grâce à ces mesures que l'industrie britannique du coton a pu devenir véritablement rentable. Alors qu'aujourd'hui les Britanniques et les autres puissances les plus industrialisées utilisent systématiquement, dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce, les accords commerciaux relatifs au droit de propriété intellectuelle pour s'en prendre aux pays en développement comme l'Inde, il y a un peu moins de trois siècles, ils n'ont pas hésité à copier les méthodes de production et le design des Indiens notamment dans le domaine des cotonnades |18|. Par ailleurs, pour augmenter leurs profits et devenir plus compétitifs que l'industrie cotonnière indienne, les patrons britanniques des entreprises cotonnières ont été amenés à introduire de nouvelles techniques de production : utilisation de la machine à vapeur et de nouveaux métiers à filer et à tisser. En recourant à la force, les Britanniques ont transformé l'Inde de manière fondamentale. Alors que jusqu'à la fin du 18e siècle, l'économie indienne était exportatrice de produits manufacturés de haute qualité et qu'elle satisfaisait elle-même largement la demande du marché intérieur, elle a été envahie aux 19 et 20e siècles, par les produits manufacturés européens, britanniques en particulier. La Grande Bretagne a interdit à l'Inde d'exporter ses produits manufacturés, elle a forcé l'Inde à exporter de plus en plus d'opium en Chine au 19e siècle (comme elle a imposé militairement à la Chine d'acheter l'opium indien) et elle a inondé le marché indien de produits manufacturés britanniques. Bref, elle a produit le sous-développement de l'Inde.

Dans la deuxième partie de cet article seront notamment abordés les famines coloniales, le commerce triangulaire, l'intervention de la BM, du FMI et de l'OMC, l'envers du miracle indien actuel et quelques pistes alternatives.

Bibliographie

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notes articles:

|1| Cet article est une version augmentée de la conférence donnée par l'auteur au Kerala (Inde) le 24 janvier 2008 sous le titre « Impacts de la globalisation sur les paysans pauvres ». Les participants à cette conférence, en majorité des femmes issues des milieux ruraux, répondaient à l'invitation de l'association Santhigram et de VAK (membre du réseau CADTM international) dans le cadre de la semaine mondiale d'action globale lancée par le Forum social mondial.

|2| Il faut y ajouter les Danois qui firent quelques conquêtes en mer Caraïbe, sans oublier au Nord, le Groenland (« découvert » plusieurs siècles avant). Pour mémoire, les Norvégiens avaient atteint le Groenland et le « Canada » bien avant le 15e siècle. Voir notamment le voyage de Leif Ericsson au début du 11e s. aux « Amériques » (où il se déplaça du Labrador vers l'extrémité septentrionale de Terre–Neuve), où s'établit une brève colonisation, longtemps oubliée, à l'Anse aux Meadows.

|3| Le nom Amérique fait référence à Amerigo Vespucci, navigateur italien au service de la couronne espagnole. Les peuples indigènes des Andes (Quechuas, Aymaras, etc.) appellent leur continent Abya-Yala.

|4| Parmi les ressources naturelles, il convient d'inclure les ressources biologiques nouvelles emportées par les Européens vers leurs pays, diffusées ensuite dans le reste de leurs conquêtes et puis au-delà. Il s'agit notamment du maïs, de la pomme de terre, des patates douces, du manioc, des piments, des tomates, des arachides, des ananas, du cacao et du tabac.

|5| Les royautés espagnole et portugaise qui dominèrent pendant trois siècles l'Amérique du Sud, l'Amérique centrale et une partie de la Caraïbe, utilisèrent en tant que puissances catholiques l'appui du Pape pour perpétrer leurs crimes. Il faut ajouter que la couronne espagnole a expulsé fin du 15e siècle, les musulmans et les juifs (qui ne se convertissaient pas au christianisme) au cours et à la suite de la Reconquista (qui s'est achevée le 12 janvier 1492). Les Juifs qui se sont expatriés et n'ont pas renoncé à leur religion judaïque ont trouvé principalement refuge dans les pays musulmans au sein de l'empire ottoman très tolérant à l'égard des autres religions.

|6| De ce point de vue, le message du pape Benoît XVI lors de son voyage en Amérique latine en 2007 est particulièrement injurieux envers la mémoire de peuples victimes de la domination européenne. En effet, loin de reconnaître les crimes commis par l'Eglise catholique à l'égard des populations indigènes des Amériques, Benoît XVI a prétendu que ceux-ci attendaient le message du Christ apporté par les Européens à partir du 15e siècle. Benoît XVI devrait répondre de ses propos devant la justice.

|7| Les Européens ont notamment ramené d'Asie, au cours des temps, la production de textiles en soie, le coton, la technique du verre soufflé, la culture du riz et de la canne à sucre.

|8| Notamment la fameuse route de la soie entre l'Europe et la Chine empruntée par le Vénitien Marco Polo à la fin du 13e siècle.

|9| Officiellement Christophe Colomb cherchait à rejoindre l'Asie (notamment l'Inde) en prenant la direction de l'Ouest mais on sait qu'il espérait trouver des terres nouvelles inconnues des Européens

|10| A partir du 16e siècle, l'utilisation de l'océan Atlantique pour se rendre d'Europe en Asie et aux Amériques allait marginaliser la Méditerranée pendant quatre siècles jusqu'à la percée du Canal de Suez. Alors que les principaux ports européens se trouvaient en Méditerranée jusqu'à la fin du 15e siècle (Venise et Gênes notamment), les ports européens ouverts sur l'océan Atlantique allaient progressivement prendre le dessus (Anvers, Londres, Amsterdam).

|11| oir Eric Toussaint, La Finance contre les peuples. La Bourse ou la Vie, coédition CADTM-Syllepse-Cetim, Liège-Paris-Genève, 2004, chapitre 7. La première crise internationale de la dette survient à la fin du premier quart du 19e siècle en touchant simultanément l'Europe et les Amériques (elle est liée à la première crise mondiale de surproduction de marchandises). La deuxième crise internationale de la dette explose au cours du dernier quart du 19e siècle et ses répercussions affectent tous les continents.

|12| Dans les villes côtières de l'Afrique de l'Est s'affairaient des marchands — Arabes, Indiens du Gujarat et de Malabar (= Kerala) et Perses — qui importaient des soieries et des cotonnades, des épices et de la porcelaine de Chine, et exportaient du coton, du bois d'oeuvre et de l'or. On y côtoyait aussi des pilotes de métier qui connaissaient bien les conditions de la mousson dans la mer Arabe et dans l'océan Indien.

|13| Au 15e siècle, Pékin était reliée à ses zones d'approvisionnement en denrées alimentaires par le Grand canal qui mesurait 2 300 kilomètres et sur lequel naviguaient facilement des péniches grâce à un système ingénieux d'écluses.

|14| La comparaison entre les produits intérieurs bruts européens par habitant et ceux du reste du monde fait l'objet de débats importants. Les estimations varient fortement selon les sources. Des auteurs aussi différents que Paul Bairoch, Fernand Braudel et Kenneth Pomeranz considèrent qu'en 1500, l'Europe n'avait pas un PIB par habitant supérieur à d'autres parties du monde comme l'Inde et la Chine. Maddison qui s'oppose radicalement à cette opinion (car il lui reproche de sous-estimer le développement de l'Europe occidentale) estime que le PIB per capita de l'Inde s'élevait en 1500 à 550 dollars (de 1990) et celui de l'Europe occidentale, à 750 dollars. Ce qu'on retiendra malgré les divergences entre ces auteurs, c'est qu'en 1500 avant que les puissances européennes ne partent à la conquête du reste du monde, leur PIB par capita, dans le meilleur des cas (celui proposé par Maddison), représentait entre 1,5 et 2 fois le PIB de l'Inde tandis que 500 ans plus tard, celui-ci est 10 fois plus important. Il est tout à fait raisonnable d'en déduire que l'utilisation de la violence et de l'extorsion par ces puissances européennes (rejointes plus tard par les Etats-Unis, le Canada, l'Australie et d'autres pays d'émigration européenne dominante) sont en bonne partie à la base de leur avantage économique présent. Le même raisonnement s'applique au Japon avec un décalage dans le temps car le Japon qui, entre 1500 et 1800, avait un PIB per capita inférieur à la Chine, ne s'est transformé en une puissance capitaliste agressive et conquérante qu'à la fin du 19e siècle. A partir de ce moment-là, la progression de son PIB per capita est fulgurante, il est multiplié par 30 entre 1870 et 2000 (si l'on en croit Maddison). C'est au cours de cette période qu'il marque vraiment la distance par rapport à la Chine

|15| Voir Maddison, 2001, p. 260.

|16| Voir Maddison, 2001, p. 110.

|17| Voir Gunder Frank, 1977, p. 237-238.

|18| Les Hollandais ont fait de même avec les techniques de production de la céramique chinoise qu'ils ont copiées et qu'ils présentent depuis comme la céramique, la faïence et la porcelaine bleue et blanche de Delft.

http://www.cadtm.org/

Publié par s.allende à 22:41:53 dans 3. Education & Histoire | Commentaires (0) |

Pablo NERUDA / Meure lentement... | 10 février 2008

 Meure lentement celui qui devient esclave de l'habitude, reprenant chaque jour les mêmes trajets, celui qui ne change jamais de repères, qui ne prend aucun risque et ne change jamais les couleur de ses vêtements, celui qui ne parle qu'à ceux qu'il connait...

Meure lentement celui qui evite une passion, qui préfère le noir au blanc et les points sur les "i" plutôt qu'un ensemble d'émotions, justement celles qui font briller les yeux, celles qui font d'un baillement un sourire, celles qui font battre le coeur face à l'erreur et aux sentiments....

Meure lentement celui qui ne retourne jamais la table quand il est malheureux au travail, celui qui n'échange jamais ses certitudes contre ses incertitudes, celui qui ne risque jamais la sécurité pour l'insécurité afin de suivre un rêve, celui qui ne se permet, au moins une fois dans sa vie, de fuir les conseils sensés...

Meure lentement celui qui ne voyage pas, qui ne lit pas, qui n'écoute pas de musique, qui ne trouve pas grâce en lui-même....

Meure lentement celui qui détruit son amour propre, celui qui ne se laisse pas aider...

Meure lentement celui qui passe ses journées à se lamenter de sa propre malchance ou de la pluie incessante...

Meure lentement celui qui abandonne un projet avant de l'avoir commencé, celui qui ne pose jamais de question sur des choses qu'il ne connait pas, celui qui ne répond pas quand on l'interroge sur des choses qu'il connait...

Evitons la mort à petites doses, nous rappelant toujours qu'être Vivant demande un effort bien plus grand que le simple fait de respirer...

Seul une infinie patience nous menera à la conquête d'un splendide bonheur...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pablo_Neruda

Publié par s.allende à 22:18:19 dans 5. Spiritualités & Religions | Commentaires (0) |

Belgique : un peu d'histoire linguistique? | 23 décembre 2007

Article de Henri STÖRM paru dans la revue "Frater News" n° 66 du 2e trimestre 1998.

Lorsqu'on étudiait l'Histoire à l'école (?), le point de départ de notre Belgique se situait en 1830, en y ajoutant un peu de Nerviens, beaucoup d'histoire de France, un Ambiorix ou l'autre et le fameux mot de César : "De tous les peuples... gna, gna, gna..."

Les Flamands situent la naissance de leur communauté à la bataille des Éperons d'Or, à laquelle de nombreux Namurois et de grands noms du Brabant wallon participèrent en leur donnant un sacré coup de mains.

Ceux que l'on appelait les "fransquillons", les notables surtout de Gand et de Bruges, voulaient se démarquer du "petit peuple" en parlant un français bâtard et cependant tellement différent des multiples dialectes qui allaient, voici une centaine d'années, se marier pour adopter le néerlandais.

Je vous propose ci-dessous "un peu d'histoire", extrait de "Carrefour" de mai 95, selon lequel, en toute objectivité, on peut mieux comprendre d'où viennent nos problèmes communautaires

La source de nos maux, ce sont les Romains, qui envahirent toute la Gaule au 1er siècle avant Jésus-Christ.

L'empire romain fut de plus en plus soumis à la pression des Germains, qui cherchaient non pas à le détruire, comme le suggéraient les manuels d'histoire scolaire traditionnelle, mais à profiter de sa richesse, de la paix qui y régna pendant les deux premiers siècles de notre ère et à s'abriter des poussées migratoires asiatiques des Huns. Pour réduire la pression et trouver en même temps les hommes nécessaires à la défense du territoire, les empereurs laissèrent entrer certaines tribus auxquelles ils confièrent de plus en plus la garde de la frontière rhénane.
Très lentement (on parlait encore un latin abâtardi à Trêves au VIIIe siècle), la frontière entre la langue romane (français) et les langues germaniques (allemand et néerlandais) fut donc repoussée au sud et à l'ouest du Rhin, les nouveaux arrivants ne s'adaptant guère à la culture gallo-romaine.
A la fin du Moyen Âge, alors que l'Allemagne s'émiettait dans un morcellement féodal et que le latin n'était plus compris que des intellectuels, les rois de France réunifiaient lentement leur royaume.
La langue de la Cour supplanta les langues régionales chez les "gens biens" (nobles et bourgeois) y compris dans nos régions où le Comte de Flandre était le vassal des souverains français.

L'annexion de la future Belgique à la France révolutionnaire et impériale (1794 - 1814) renforça l'importance du français, devenu seule langue officielle de nos régions.

Placé par les vainqueurs de Bonaparte à la tête d'un royaume composé des territoires formant actuellement grosso modo le Benelux, le roi Guillaume 1er des Pays-Bas crut renforcer l'unité de l'État en imposant l'usage du néerlandais dans les provinces flamandes. Il ne réussit qu'à exacerber l'hostilité de la bourgeoisie francophone, mais aussi les craintes du très catholique peuple de Flandre (y compris Anvers et le Limbourg) envers la langue des protestants.

En réaction, sitôt l'indépendance conquise, la Belgique adopta le français comme seule langue officielle. Rien d'étonnant, puisque le vote censitaire réservait le pouvoir politique à la noblesse et à la haute bourgeoisie. Les dialectes et patois flamands et wallons restaient les langues de la cuisine et de l'estaminet.

Peu à peu, Bruxelles, bilingue depuis que les ducs de Bourgogne et leurs successeurs Habsbourg en avaient fait la capitale de nos régions, se francisa de plus en plus. Le français s'imposa rapidement aux dialectes wallons, qui en étaient proches. Dans les provinces flamandes par contre, l'unilinguisme officiel suscita une opposition croissante. Beaucoup d'écrivains s'exprimaient en français : Charles De Coster, Georges Rodenbach, André Van Hasselt, Émile Verhaeren, etc., mais certains utilisèrent le néerlandais, tel Hendrik Conscience, fils d'un officier français et d'une Flamande. Dans le "Leeuw van Vlaanderen", il chanta le passé glorieux de la Flandre jusqu'à la bataille des Éperons d' Or en 1302, et ce, malgré le fait que de nombreux Wallons combattirent dans les rangs flamands, mais en se gardant d'aller jusqu'à la bataille de Mons-en-Pévèle, trois ans plus tard, où les milices flamandes subirent une solide défaite.

Ces simplifications imprégnées de romantisme nationaliste créèrent peu à peu une conscience flamande. Le contexte s'y prêtait : décimés par la dernière grande famine européenne (1846 - 1848), les Flamands commencèrent à rejeter la langue des patrons et des propriétaires dont les exigences étaient encore plus insupportables en ces temps de crise. Pour entreprendre des études, même secondaires, il fallait maîtriser le français. Des militaires étaient sanctionnés pour ne pas avoir exécuté correctement des ordres donnés dans une langue qu'ils ne comprenaient pas. Des justiciables étaient condamnés sans savoir vraiment de quoi on les accusait...

Dès 1898, textes et inscriptions officiels devinrent bilingues d'Ostende à Arlon et d'Anvers à Charleroi. Très vite cependant, il apparut que ce bilinguisme ne résolvait pas tous les problèmes. Le néerlandais parlé par les officiers était tellement scolaire qu'il valait mieux user du français pour s'expliquer et surtout pour être compris ! Le francophone se rendant dans les provinces flamandes trouvait toujours des interlocuteurs capables de le comprendre et de lui répondre dans sa langue. L'inverse n'était pas vrai. Le Flamand qui allait travailler dans les mines ou la sidérurgie du sillon Sambre et Meuse devait apprendre le français (voire le wallon) pour communiquer avec les fonctionnaires, avec son patron, avec son propriétaire, avec son contremaître et même avec les autres ouvriers. Ses maladresses linguistiques en faisaient souvent la victime de quolibets, attitude wallonne sans doute déplorable mais renforcée par la réputation d'intégrisme religieux attribué à une Flandre, désormais confondue avec l'ensemble des provinces flamandes, restée très catholique. Quel parallélisme avec les problèmes soulevés par la présence des immigrés musulmans d'aujourd'hui !

Le bilinguisme apparut donc aux Flamands comme un marché de dupes, car ils devaient toujours apprendre le français s'ils voulaient poursuivre des études supérieures, tandis que les francophones n'appréciaient guère l'obligation d'apprendre une langue dont ils n'avaient pas l'emploi et qu'ils maîtrisaient donc mal...
C'est d'ailleurs un Wallon, Jules Destrée, qui en 1912, dans sa célèbre "Lettre au Roi" contesta violemment l'existence d'une nationalité belge. Dès lors, les revendications flamandes débordèrent du cadre purement linguistique. Il s'agissait d'obtenir une autonomie au moins culturelle. L'adoption du suffrage universel en 1893 permettait aux Flamands d'utiliser leur supériorité démographique pour imposer les réformes qu'ils souhaitaient. Mais la première guerre mondiale brisa le mouvement flamand : les activistes obtinrent de l'occupant la flamandisation de l'université de Gand et la création d'un symbolique "Raad van Vlaanderen" (aboli dès la fin du conflit). En plaçant leur haine de la Belgique avant toute autre considération, les activistes ne firent que freiner la réalisation des nouveaux objectifs du mouvement flamand, qui ne se concrétisèrent qu'à partir de 1930, quand l'université de Gand devint flamande.

Le véritable tournant se situa en 1932, quand les nouvelles lois lièrent la langue officielle de chaque commune au volet linguistique joint alors au recensement décennal : on demandait à chaque citoyen quelle était sa langue usuelle et on déduisait du résultat quelle serait la langue officielle de la commune. On traçait ainsi une "frontière" linguistique mouvante, ci qui était, administrativement, impossible à gérer.

Dans l'armée, la scission entre régiments francophones et flamands fut réalisée en 1938, chacun pouvant encore choisir la langue dans laquelle il effectuerait son service militaire. La Seconde Guerre mondiale suscita une collaboration beaucoup plus massive, dans l'espoir fou d'obtenir l'autonomie flamande dans la Grande Germanie. Ses tenants aiment à présent à se faire passer pour des "victimes" de la marâtre belge se situant sur le même plan que les vrais résistants à la vraie barbarie, celle des nazis et de leurs acolytes flamingants et rexistes. La cause flamande s'endormit de nouveau pour une dizaine d'années.

Deux éléments de taille la réveillèrent. Tout d'abord, la question royale, divisant l'opinion "belge" entre 72 % de partisans de Léopold III en Flandre et 42 % en Wallonie. Ensuite, la 2e guerre scolaire, qui vit défiler à Bruxelles des partisans de l'école libre parmi lesquels 80 % de Flamands. Ainsi éclatait aux yeux de tous, une fracture dépassant le problème linguistique, remontant au XIXe siècle entre une Flandre à majorité catholique et conservatrice encore largement rurale et une Wallonie industrielle socialisante et urbanisée, sauf le Luxembourg belge.

La crise de la sidérurgie et la fermeture des mines, combinées avec l'essor de la Flandre, développèrent en Wallonie une aspiration à l'autonomie économique au moment où la tache d'huile francophone révélée par le recensement dans la périphérie poussait 278 bourgmestres flamands à refuser d'encore organiser le recensement sur le territoire de leur commune tant que le volet linguistique n'en aurait pas été retiré.
Les lois de 1962 et 1963 fixèrent donc la "frontière" linguistique, créant du même coup le problème fouronnais, problème provoqué par les socialistes à l'encontre des Fouronnais catholiques.

En périphérie bruxelloise le sort des six communes à facilités ne fut fixé qu'en 1970, quand débuta le long processus de fédéralisation de la Belgique, qui en fait, ne fut voulue que par les politiciens. Cette fédéralisation, clôturée pour les uns en 1993 par les accords de la Saint Michel alors que d'autres ne la conçoivent que comme une étape sur la voie de l'autonomie complète de la Flandre qui amènerait comme situation de la Flandre dans l'Europe : 5 millions de Flamands coincés entre 60 millions de Français et 75 millions d'Allemands.

De ce résumé très simplifié d'un siècle et demi d'histoire(s) belge(s), il ressort que les problèmes linguistiques devenus communautaires sont nés de réactions populaires divergentes à l'évolution politique, économique et sociale de la Belgique. Tout ce qui précède montre que le mouvement flamand a atteint ses objectifs grâce à son obstination et à sa vision à long terme. Il s'en prend maintenant à Bruxelles de plus en plus investie par les institutions flamandes et proclamée capitale de la Flandre, alors que le régionalisme wallon s'en désintéresse, et ce, malgré les recommandations d'analystes économiques et politiques distingués. Certains politiciens wallons rêvent d'une petite république socialiste basée sur des principes archaïques datant du siècle passé.

Que sera la Belgique en 2010 ?

Les pythonisses de mauvais augure diront qu'au lieu de deux Principautés et un Grand-duché, l'Europe future comportera un "Royaume flamand", une "République wallonne" et l' "International Settlement of Brussels".


Quel gâchis !

Publié par s.allende à 21:58:00 dans 3. Education & Histoire | Commentaires (0) |

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